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Dirty Monitor, des Belges au sommet de leur art (vidéo)

Dirty Monitor, des Belges au sommet de leur art (vidéo)

Vous ne les connaissez peut-être pas, pourtant le collectif Dirty Monitor fait partie de ces Belges reconnus dans le monde entier comme des incontournables dans leur domaine : le mapping vidéo. Pour faire simple, cette discipline mélange architecture, vidéo, musique, animation et divers arts et techniques pour un résultat difficile à décrire avec des mots. Par chance, nous vous proposons en exclusivité leur dernière vidéo qui vous permettra de découvrir leur travail.

Crédit photo : Gautier Houba
 

Nous sommes revenus sur leur parcours à la Foire du Livre, il y a quelques semaines, où ils ont fait rêver petits et grands visiteurs de l’Imaginarium, clou du spectacle de cette foire littéraire. Rencontre avec Audrey et Mauro, deux des membres de ce collectif composé de professionnels d’horizons différents et parfois inattendus.

Retrouvez Dirty Monitor sur leur site web et sur leur page Facebook.
 
Clip de leur travail à l’occasion de l’ouverture du Beijing International Film Festival 2013 :

Vous êtes qui en fait?

Mauro : Un collectif audiovisuel situé à Charleroi, au Vecteur. On est une dizaine de créatifs, que ce soit dans le monde du compositing, de la 3D, de l’architecture… Aujourd’hui, on crée aussi nos modules. C’est tout je pense?

Audrey : De la photo, de la vidéo, du montage…

Quand tu parles de modules, tu veux dire que là où on se trouve, ça s’appelle un module?

M : Oui. En fait c’est le principe du mapping. En créant du mapping on sort du cadre du cinéma classique, de l’écran 16 : 9, 4/3, donc il faut créer une structure et il faut qu’elle soit esthétique, pas trop chère, facile à déplacer. Donc on imagine des structures qui doivent correspondre au lieu où l’on travaille.

Comment ça marche, le mapping?

M : À la base, ça part sur le principe du projecteur cinéma, qui est le même projecteur, sauf que pour le cinéma, l’écran a toujours les mêmes proportions. On part donc d’abord sur une implantation physique, de l’architecture, on mesure les éléments, la distance – toutes des choses très techniques. Une fois que c’est fait, on se met autour d’une table, on discute du projet.

A : On fait un brainstorming.

M : Oui on essaye de voir dans quelle direction on part, pour qui on travaille, tout en gardant à l’esprit qu’on vient quand même avec notre univers, ça c’est vraiment la base. On peut être invités n’importe où, on retrouvera toujours notre signature.

A : Et c’est aussi ce que nos clients aiment : qu’on adapte le mapping à leur image, mais surtout qu’on apporte notre univers. À la base ils nous choisissent pour l’univers Dirty Monitor.

Imaginarium Dirty Monitor 5

Qui sont vos clients en général?

M : En général, ce sont des gens qui sont passionnés par l’image. Mais aussi d’autres sociétés : c’est le cas ici, à l’Imaginarium, dont les concepteurs voulaient donner une nouvelle dimension à la BD. C’est osé. Il faut le dire, c’est osé parce qu’on fait vraiment une performance : Audrey mixe en live avec les auteurs.

Donc Audrey, tu t’occupes de toute la musique?

A : Non, pas de toute la musique, mais je mixe les images.

M : C’est-à-dire que le but est de suivre la musique en temps réel, c’est le principe du VJing. On va dire que c’est du VJing amélioré, dans le sens où le support doit être travaillé au préalable.

C’est comme un Dj qui prépare ses samples, mais avec des images en tenant compte de la spécificité architecturale de l’écran – qui est en fait un décor en trois dimensions?

A : En gros, oui. Il y a un travail de pré-production, où on crée tout un univers, et ce n’est qu’après, sur place, sur base du son et des images créés en amont, qu’on vient faire « comme du VJing ».

M : Ce qui est un peu plus difficile avec le mapping, c’est que en général, ce sont des fichiers qui sont assez lourds, on travaille avec de gros fichiers Quicktime. Donc pour la diffusion ce n’est pas évident, on ne peut pas travailler avec des petits formats, ici on est à plus de 2500 pixels. Mais on arrive toujours à s’adapter.

Et la musique, d’où elle vient?

M : La musique nous rapproche sur beaucoup de choses. On crée souvent nos propres bandes musicales et à partir de là ça nous ouvre beaucoup plus de portes visuellement. C’est marrant mais on fait un peu l’inverse de ce qui se fait dans le cinéma, où la bande-son vient après. Nous on travaille à l’inverse.

Pourquoi êtes-vous ici? En quoi avez-vous votre place dans la Foire du Livre?

M : Je pense que Fabrizzio Borrini, qui a conçu l’Imaginarium, a pensé à mettre en interaction tous ces auteurs (Schuiten, Bilal et bien d’autres) avec notre performance audiovisuelle. Pour l’Imaginarium, la musique est en l’occurrence de Karl M. Fabrizzio a créé un univers parallèle, on va dire. Et je pense que le mapping y trouve vraiment sa place. Le mapping est une technologie qui est nouvelle, qui a du succès mais elle doit être déplacée dans un cadre où ne l’attend pas, ce qui la rend encore plus intéressante.

A : Je pense aussi qu’on a accepté ce projet parce que notre univers collait vraiment bien avec l’univers de Fabrizzio. On a tout de suite senti quand il est venu dans nos studios que c’était quelqu’un avec qui on n’aurait pas à se battre pour qu’il n’y ait pas de lumières, par exemple. D’habitude sur les autres événements c’est très difficile de faire comprendre au gens que le mapping nécessite un espace confiné. Fabrizzio nous a directement fait ressentir quand on est arrivé qu’il l’avait compris, on trouvait même ça mieux que ce qu’on imaginait.

M : Et il voulait vraiment qu’on soit là en live. Il voulait que la régie soit visible. Que les gens se rendent compte qu’il y a vraiment une performance live derrière tout ça.

A : Oui, et ça a vraiment fonctionné auprès de tous les publics, des plus jeunes aux plus âgés.

Imaginarium Dirty Monitor 2

Quelle est la démarche artistique qui a engendré Dirty Monitor? D’où venez-vous à la base?

M : On vient du clubbing. On a décidé il y a une dizaine d’années d’amener de l’image dans les clubs. Il y a 10 ans de ça, c’était tout de même différent dans le sens où les médias étaient beaucoup moins accessibles, il n’y avait pas Youtube et tout ce genre de choses.

A : Pour mixer c’était juste une image ou deux.

M : Et les programmes n’étaient pas très efficaces. Les quelques logiciels disponibles ne tenaient pas la route et les ordinateurs n’étaient vraiment pas au point. Mais bon, pas grave : le but était de s’amuser. Jusqu’au jour où ce qu’on faisait en clubbing a intéressé des gens qui travaillaient dans la prod et qui comprenaient la démarche. Ensuite sont arrivés des logiciels qui nous ont permis de travailler correctement en live. Ça s’est fait tout doucement, toujours avec de la passion. Dix ans après, notre passion est toujours là, intacte. En général on travaille avec des passionnés, souvent autodidactes. On se donne vraiment à fond, avec tout notre cœur, à chaque projet.

Imaginarium Dirty Monitor 7

 

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