La culture sans vaseline
Ghost of a Dream entre triomphe et tragédie chez Paris-Beijing

Ghost of a Dream entre triomphe et tragédie chez Paris-Beijing

La galerie Paris-Beijing accueille en ce moment un couple de jeunes artistes new-yorkais pour une exposition autour des thèmes du triomphe et de la tragédie intitulée Day Is Done. L’occasion pour nous de rencontrer ce couple dont les œuvres très diverses sont composées de rêves brisés, d’équilibre karmique et de matériaux de récupération.

Day Is Done – Ghost of a Dream @ Galerie Paris-Beijing (Bruxelles) jusqu’au 18 janvier 2014.
Crédit photo : Frédérique Janssens.
 

 

tableau01

 

 

 

« Nous utilisons souvent l’ensemble du spectre des couleurs dans nos collages, car ils sont composés de petits éléments divers dont il faut faire quelque chose de joli. Nous nous basons alors sur une certaine palette de couleurs et un canevas« , nous explique Lauren Was d’emblée. « Pour ce collage, par exemple, fait de billets de loterie perdants abandonnés en rue, mais également dans cette installation« , désignant l’œuvre dans laquelle nous nous trouvons, dont les miroirs reflètent à l’infini des bouts de cartes de casino formant un arc-en-ciel psychédélique comme autant de petits bouts d’espoirs perdus s’étendant à perte de vue.

Plus loin, ce sont des socles de trophées – comme on en reçoit à l’école pour « le participant ayant fait preuve de camaraderie » – qui forment, selon l’angle duquel on les observe, les mots « Tragedy » et « Triumph ». « Le triomphe de l’un correspond à la défaite et à la tragédie pour d’autres. Comme à la loterie, où de millions de gens perdent de l’argent pour qu’une seule gagne le jackpot. Ceux qui jouent, qui parient, rêvent de lendemains meilleurs et ça peut leur pourrir la vie…« 

 

triumph

 

Outre ce thème récurrent, le couple accorde de manière générale une grande importance à l’accessibilité de l’art. « Nous nous efforçons de rendre notre travail accessible. Pour moi, l’art doit s’adresser à un maximum de gens. C’est ce qui lui donne du sens et permet aussi d’obtenir l’avis d’un public pas forcément spécialiste ni amateur sur ce qu’une œuvre leur inspire« , selon Adam Eckstrom.

Alors que deux écrans se font face, diffusant chacun des extraits de films dont les personnages disent respectivement « yes » et « no« , l’on se rend compte de l’influence de ces mots sur notre état d’esprit, selon que l’on soit plus proche de l’un ou de l’autre. Matériaux de récupération, accessibilité, culture populaire : il ne faut pas être passionné par l’histoire de l’Art pour se sentir concerné, voire interpellé, par l’exposition.

 

portraits

 

« Oui, la pop culture a une place importante dans notre démarche artistique, d’une part car elle est accessible, mais aussi parce qu’elle nous entoure, elle est omniprésente autour de nous. Elle nous influence et nous met des rêves pleins la tête, pas toujours les bons, d’ailleurs« , continue Adam. « On en revient aux rêves brisés…« 

Ce qui les fait bander dans l’art ? « Travailler ensemble. Ce qui peut paraître un peu gnangnan mais, plus sérieusement, malgré les engueulades régulières, ça nous permet d’évoluer dans notre travail car nous sommes critiques du travail de l’autre sans devoir prendre des pincettes« , nous explique Adam. « Nous nous nourrissons du travail de l’autre, nous sommes assez exigeants entre nous et nous encourageons mutuellement. Du coup on essaie toujours d’être à la hauteur de cette exigence et c’est agréable d’exposer les résultats comme une œuvre commune« , complète Lauren.

Quant à ce qui les fait bader, « l‘esthétisme pur, lorsque l’art ne sert qu’à être posé quelque part et être joli« , pour Lauren. Adam poursuit dans la même gamme : « faire de l’art qui ressemble à de l’art. ‘Si ça ressemble à de l’art, ça doit en être’ et ce genre de choses. Alors qu’il n’y a rien derrière, que c’est creux, juste un produit.« 

motifs01

 

Direction la dernière salle – « il reste un petit quelque chose » – et place au clou du spectacle, à savoir deux des œuvres principales de l’expo, installées dans la plus grande salle de la galerie. Un gigantesque « Triumph » de plusieurs mètres de haut s’étale sur trois énormes murs blancs. Les lettres sont en fait formées de la répétition en lignes horizontales du mot « Tragedy » écrites à la main par une dizaine d’étudiants de Saint-Luc invités à contribuer à l’exposition – on imagine des Bart Simpson saint-gillois en train d’écrire leur punition entre deux clopes roulées.

L’énormité de l’œuvre, réalisée au crayon sur mur blanc, impressionne. Face à elle, une installation faite de vieux téléviseurs cathodiques diffusant des couchers de soleil cinématographiques nous rappelle qu’il est l’heure d’un apéro amplement mérité…

DSC_0043

 

Feever Tweets