La culture sans vaseline
J-C Colin, illustrateur sulfurique (Interview)

J-C Colin, illustrateur sulfurique (Interview)

Jean-Christophe a tout d’un homme sage, en apparence. Pourtant, quand on observe ses dessins et autres créations, un vrai pervers de l’image s’en dégage. Entre formes à la netteté déconcertante et mélanges chaotiques, Feever vous invite à découvrir cet artiste étonnant qui allie le noir et le blanc à la perfection. Rencontre avec un illustrateur sulfurique !

Crédit photos: Gautier Houba

IMG_1581 (à refaire)Initiales : J.-C. – un rapport privilégié entre toi et le Tout-puissant ?
Non, pas du tout, je n’ai pas trop choisi. Le Tout-puissant… connais pas ! Je suis athée et j’emmerde Jésus.

Dans ton œuvre, on remarque un attrait pour tout ce qui est organique. Le monde futuriste de Moebius t’a-t’il influencé?
Moebius m’as beaucoup inspiré, c’est clair, et l’ayant rencontré quelques mois avant sa disparition (yeux mouillés) à sa dernière exposition à la fondation Cartier à Paris, j’ai pris conscience en regardant son boulot que son génie avait beaucoup apporté au dessin autant sur le plan technique que celui de l’imaginaire : paix à son âme !

Il ne s’est pas cantonné à rester caché derrières des dessins à répétitions tels que certaines bédés actuelles, bâclées sur Photoshop. Loisel et Juan Gimenez m’ont beaucoup influencé aussi. Je précise que je ne fais que de l’illustration, pas de bandes dessinées : je n’ai pas la patience de faire les cases, les phylactères, etc.

J’aime beaucoup El Mac car il illustre à la perfection ces nouveaux mélanges de styles graphiques avec la réalité, en dessins, peintures, etc.

Je suis fervent de peinture numérique et de créations graphiques appuyées par une base créée à la main ou entièrement à la palette graphique. Les artistes tels que Dan Milligan, Android Jones, Bobby Chiu (rencontré à Angoulême : une crème !) et les books d’artistes me font tous autant rêver les uns que les autres.

Le film The Blob t’a traumatisé étant enfant ? Ou tu étais plutôt fan du manga Akira, basé sur le chaos ?
Akira, je kiffe ! Je ne dessine pas de personnages qui se transforment mais plutôt les formes en général. Ce sont des délires qui évoluent de manières différentes. C’est clair que je ne dessine pas des trucs joyeux même si j’ai envie de représenter une fois au moins l’amour, histoire de s’attendrir un peu. Mon travail d’illustration n’est jamais coloré, je n’utilise que le noir sur blanc. D’ailleurs, j’ai une révélation…

Dans l’ensemble, je fais plein de dessins en noir et blanc afin de faire évoluer ce style. Je commence à être satisfait de mes productions et l’envie de faire éditer un book se creuse petit à petit. J’ai trouvé un mécène pour ce faire, et autant le dire, ce n’est pas facile à trouver de nos jours. Le book rassemblera donc les illus noir et blanc mais je commence à songer à faire aussi de la couleur, matière et texture. Ce projet est en cours.

Sinon, pour revenir à ta question, j’ai beaucoup apprécié les mangas étant plus jeune mais je les ai mis de côté car ils ont fini par m’ennuyer. Par contre, une petite perle qui me les a ramenés à la surface ces dernières années, c’est Ultra Heaven de Keiichi Koike. Et The Blob, j’ai jamais vu ! Je ferais d’ailleurs bien de le voir un de ces quatre, j’en ai tellement entendu parler…

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La musique a-t-elle une influence dans ta création ? Quel style te pousse à générer ce genre de dessins ? Ou est-ce simplement à cause de la drogue ?
Oui, la musique m’a beaucoup apporté avec des influences techno, metal, rock et puis, beaucoup d’acid, minimal, goa, psy-trance, etc. On ne dirait pas mais j’écoute aussi de la musique d’ambiance pour créer ; le calme (ou le silence) est nécessaire à certains moments car je n’arrive parfois pas à rentrer pleinement dans mes dessins. Ce qui est assez paradoxal, c’est que ce style-là me rend assez violent dans mes dessins, je me défoule sur papier. Le seul genre musical qui me rend dingue est la chanson française : je crache dessus.

Que se passe-t-il dans les méandres de ton cerveau pour arriver à ce résultat visuel ? C’est la drogue ou juste Mr Hyde qui se dévoile ?
Dessiner est une manière pour moi d’exorciser certains épisodes assez sombres de ma vie : je n’ai pas honte de le dire, oui, certaines chosent me minent encore aujourd’hui. C’est une échappatoire pour lutter contre certaines douleurs. Je tends à m’adoucir un peu à travers mes dessins mais ce n’est pas évident.

Quant à la drogue, c’est bon, on ne va pas le cacher : l’acide me donne envie de dessiner. Évidemment, les expériences psychédéliques ont joué un rôle majeur dans mes créations : j’arrive à retranscrire ce que je vois. Toutes ces formes mélangées sont issues en partie de cette vision-là. Pas besoin de s’étaler sur le sujet, je laisse ton imagination faire le reste.

Tu te frottes aussi à l’art digital. Mon petit doigt m’a dit qu’à une époque, tu étais actif dans le « vandalisme » mural. Si tu devais comparer ces 2 médias, comment les rapprocherais-tu ?
J’ai fait un peu d’illégal quand j’étais plus jeune mais ça ne m’a pas fait bander longtemps : c’était surtout pour suivre un groupe d’amis. Ça m’a apporté certaines choses, c’est vrai : prendre l’initiative de le faire était déjà une démarche en soi, fréquenter autant d’artistes a été très enrichissant. Le style hiphop n’est pas ma tasse thé par contre donc j’ai trouvé des alternatives.

womanJe fais partie, à l’heure actuelle, du collectif Propanganza qui réunit des artistes graffitis, graphistes, peintres et où toutes les techniques sont confondue pour exécuter des projets en toute légalité.

Aujourd’hui, j’essaie de pousser plus loin l’art digital pour vraiment me diriger vers les studios de dessin. Non seulement ça me passionne mais en plus ça rapporte. D’ailleurs, je monte une société dans quelques mois sous le nom de ORBRS Graphic Agency avec des anciens collègues d’un bureau d’architecte (Vizzion Architects).

Je dirais que les deux sont très liés car on a accès à certaines technologies aujourd’hui qui permettent de les mélanger à souhait.

Et les gonzesses dans tout ça ?
J’adore les dessiner car sur le papier, je peux enfin les utiliser à ma guise et caresser leurs courbes sans encombres : pas besoin de les convaincre, elles savent déjà qu’elles sont belles. C’est vrai, j’aime les femmes, ça se voit à travers mon boulot. J’ai essayé les grosses mais c’est pas ma came.

Dans la vie, c’est une autre paire de manche mais comme quand on me commande des illus, je ne dis jamais non!

Qu’est-ce qui te fait bander dans l’art ?
L’illustration couleur et noir et blanc, la BD, l’animation, les belles connexions qu’elles occasionnent et les émotions qui s’en dégagent comme la graine de folie ou la déprime palpable de certaines œuvres.

Qu’est-ce qui te fait bader dans l’art ?
Trop de sérieux et la répétition… même si ça donne des ailes à certains.

Un plaisir honteux quand tu crées ?
J’essaie de maintenir ce délire un peu noir dans mes dessins tout en restant peut-être trop propre. Ce n’est pas vraiment honteux mais contradictoire.

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