La culture sans vaseline
Kiddy Smile, l’acid house en vogue

Kiddy Smile, l’acid house en vogue

Kiddy Smile était de passage à Bruxelles début juillet à l’occasion de l’Ultimate Summer Party, et nous en avons profité pour tailler le bout de gras avec lui. L’homme qui a eu Christine Boutin comme prof de catéchisme et que Madonna trouvait « trop grand » pour danser pour elle (ce qui l’a poussé vers la musique) vient de sortir son dernier clip il y a quelques jours, Get Myself Alone !

Retrouvez Kiddy Smile sur son Tumblr, sur Facebook et sur SoundCloud.
 

Coucou, t’es qui ? Un personnage légo-playmobil ?
Non je suis un producteur chanteur ancien danseur, performer dj à ses heures perdues.

Pourquoi ce surnom ? T’as toujours la banane ?
Pas du tout, mes amis me trouvent très méchant, mais en fait je suis très gentil. C’est venu il y a longtemps, quand je faisais de la danse, à cause d’une histoire de bagarre avec un gars qui m’avait appelé Biggie.

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Parce que t’étais fan de 2Pac ?
Pas du tout, parce que j’étais un peu gros. J’ai trouvé ça offensant et raciste. On s’est battus. Et en quittant le lycée on est devenus amis. Et il m’a offert un sac en forme de smiley avec écrit ‘Smiley’ sur les lanières. En référence à un des clips de Biggie où il a un smiley dans son dos qui le suit tout le temps. Et depuis c’est un truc qui m’a suivi. On m’appelait Smiley partout. Mais comme Smiley est une marque déposée, quand il a fallu faire de la musique on est partis sur autre chose. J’avais envie de travailler autour de la gourmandise et du rapport à l’enfance. Donc Kiddy.

Pourquoi ce rapport à l’enfance ?
Parce que j’adore les couleurs. Je mettais beaucoup de couleurs, toujours des trucs colorés.

Et comment t’en es venu à la musique ?
J’étais danseur et un directeur artistique m’a proposé d’aller en studio faire des essais voix. Je m’y suis un peu retrouvé par hasard. Mais ça donnait pas mal. Puis tout s’est effondré, le DA s’est barré à New York. Alors j’ai continué, j’ai appris à manipuler des machines. Ensuite, j’ai rencontré Beth Ditto de Gossip, elle m’a beaucoup poussé et m’a fait faire ses premières parties, elle m’a emmené avec elle aux USA faire des dates. Où j’ai rencontré un label français qui m’a proposé un contrat.

T’as du aller aux USA pour rencontrer un label français ?
Voilà, complètement ouais. Malheureusement, soit on fait un buzz stupide sur Internet soit on connait Beth Ditto. [rires] Non, je pense que les gens étaient juste surpris de voir que j’étais français et que je me retrouvais dans un truc comme ça. Ils étaient venus voir la bête curieuse qu’était Beth Ditto, elle m’avait invitée sur son show pour chanter une chanson de Grace Jones (Pull Up To The Bumper). On la chantait à deux.

Et comme c’était mon anniversaire elle a dit aux gens qui étaient là de chanter bon anniversaire en français et comme elle l’a dit sur scène ils ont su que j’étais français. Et là ils m’ont dit ‘Ha Ouais t’es français et tu fais de la musique ou tu fais juste ça pour kiffer ?’ Je leur ai dit ‘ouais je fais de la musique’ et j’ai eu un RDV avec le label Because Music et c’est comme ça que j’ai sorti le premier single.

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C’était quand ça ?
C’était il y a trois ans. D’abord ils ont essayé de me modeler et de me faire faire un projet pop qui était pratiquement fini, on avait shooté la pochette, tout avait été masterisé et j’ai eu une crise d’angoisse genre la veille du shooting et je leur ai dit que je ne voulais pas faire ça, que je voulais faire de la house, que c’était avec ça que j’étais venu les voir et que je ne me reconnaissais pas trop dans ce projet même si j’en étais fier. Et on est partis sur autre chose. Et ça a été très très vite. Pour des différents personnels et des problèmes d’entente on ne travaille plus ensemble maintenant.

Ils ont dû être ravis, après avoir travaillé pendant des semaines pour faire l’album pop, que tu dises ‘ha non, c’est de la merde je veux faire de la house’ ?
Je n’ai pas dit que c’était de la merde. J’ai dit que je ne me reconnaissais pas dedans, que je n’avais pas envie de me présenter au public avec ça. C’était pas du tout un projet indé. C’était : passage sur NRJ, pub télé, sonnerie polyphonique et tout. Et ce n’était pas quelque chose que j’avais envie de faire à ce moment-là ; ça serait très difficile de sortir de ça pour faire quelque chose que j’aime alors autant commencer par quelque chose que j’aime et puis après si tout le monde s’en fiche on fera de la pop.

Tu fais des DJ sets acid house, donc…
Je joue de tout, j’essaye de m’adapter. J’ai joué pour la Flash Cocotte et la Club Sandwich (des soirées parisiennes) mais ils n’écoutent pas du tout la même chose. Ce que je joue généralement c’est de la house, mais uniquement quand je veux vraiment faire ce qui me fait plaisir à moi et que les gens sont réceptifs. Pas trop d’intérêt si les gens s’en vont. La acid house il faut soit aimer ça soit être très drogué. C’est pas très accessible comme musique. Du coup, j’essaye d’adapter avec des choses un peu plus grand public.

L’année dernière on a joué à la Club Sandwich, c’était la dernière. Et ils ont jamais joué de trucs mainstream genre Rihanna et tout. Alors le set que j’ai fait pendant une heure c’était que ça. Que du R ‘n’ B et ceux qui faisaient la soirée tiraient un peu la tronche mais je trouvais ça cool que Beyonce résonne un peu dans une grande salle de fête genre Louis XIV. C’était une soirée assez cool, avec un dress code que tu dois respecter sinon tu ne rentres pas – les gens travaillent un mois sur leur costume.

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Et donc t’as fait chier le label pour pas faire de la pop sur NRJ, puis tu mets du Rihanna à une soirée deep house…
Mais les gens kiffent, les gens dansent. Et je le fais pas brutalement. Je commence par un petit truc, les gens sont là ‘ha ouais trop cool le truc entendu à la radio’, puis je les amène vers du Rihanna. Tant que les gens dansent. Avant ce que je mixais c’était sauvage quoi. Genre j’appuyais pause je prenais le micro, j’disais ‘je m’appelle Kiddy Smile’ et j’envoyais mon truc qui n’avait rien à voir. Et pas dans les temps. J’adorais arrêter la musique et les gens se demandaient ce qui se passait. En vérité, je faisais ça parce que je ne savais pas enchainer. [Rire] Autant que ça se fasse vraiment remarquer quoi.

J’ai entendu que t’as joué à la Pride parisienne…
Oui j’ai joué à la Pride, c’était un grand moment de solitude. Je te dis la vérité. J’étais très honoré d’être là. Mais en même temps je savais que ma musique est assez pointue. Le premier single est sorti, ça n’a pas été très vendu. C’est connu par des gens qui s’intéressent à la mode, la musique ou une culture un peu pointue. Et la Pride c’est un truc qui rassemble des gens du sud de la France, de province et tout. Je suis passé après un mec qui jouait de la tech-house et il a envoyé du lourd. Moi j’arrive derrière avec mes machines. Et les gens ont trouvé ça mou. J’ai fait mon truc, j’ai kiffé de partager ça avec autant de gens. Mais ça a été très dur.

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Le fait d’être un grand noir homo, ça pose problème dans l’industrie musicale ?
Non je ne pense pas que le fait d’être noir ou pédé ait un jour posé un problème dans la musique. Le problème c’est d’être gros. Ça m’a posé problème parce que c’est pas grave d’être pédé, ils savent comment vendre la musique de quelqu’un qui est pédé ou noir. En plus c’est bien pour le moment d’être gay, ou noir. C’est plutôt un avantage pour la musique que je fais.

Qu’est-ce qui te fait bander dans la musique ?
J’aime les grosses bass lines très funky qui font bouger ma tête de gauche à droite.

Qu’est ce qui te fait bader dans la musqiue ?
Les gens qui prétendent être ce qu’ils ne sont pas, qui ne sont pas sincères. Pour moi c’est pas grave si tu fais de la musique et que tu veux la vendre et que t’en aies rien à foutre des gens. Je déteste Sky Ferreira pour ça, sa musique est peut-être géniale, mais pour moi elle n’est pas ce qu’elle paraît être. Pour moi c’est juste une Britney Spears de l’indé relatif…

Ton plaisir musical coupable ?
Alors moi j’ai pas trop honte de la musique que j’écoute. Moi j’adore Ophélie Winter, je trouve qu’elle est incroyable. Elle a fait la meilleure musique des années 90 et j’adorerais la rencontrer. Elle a fait des fucks à tout le monde. Elle déchire.

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