La culture sans vaseline
Offrez-lui un Jeudredi pour la Saint-Valentin

Offrez-lui un Jeudredi pour la Saint-Valentin

Costume du dimanche, resto réservé depuis des semaines, dessert intime, mot doux et regards langoureux. Offrir LE cadeau qui tapera en plein dans le mille. Sérénade sous les balcons et baiser public sous une pluie battante. Un vague bruit d’alarme de plus en plus oppressant vient envahir le tableau romantique un peu niaiseux. Votre réveil-matin est venu jusque dans votre rêve vous rappeler la froide violence de la réalité.

En position fœtale, un bout d’oreiller en bouche, trempé de bave nocturne et autres souillures involontaires, vous tentez un instant d’y retourner désespérément. Mais le combat est perdu d’avance: le froid envahit vos orteils qui dépassent de la couette, vous êtes déjà en retard et ne pouvez compter sur personne pour vous secourir. Si par bonheur il y a quelqu’un dans votre lit (et que vous connaissez son nom), ne comptez cependant pas dessus pour vous tendre une main secourable: au réveil, c’est chacun sa merde! Votre seul espoir est que votre moitié soit déjà debout et qu’il reste un peu de café dans le thermos. Mais vous n’êtes pas le/la plus à plaindre!

bronzino_venus_et_cupidonCar certains d’entre vous, célibataires ou pas, sont tenus d’honorer leurs déclarations fracassantes sur la marchandisation de l’amour, la superficialité de cette impudique mise en scène des sentiments, et autres reproches habituels à l’encontre de la Saint-Valentin. Or, le jour venu, qu’on enrage ou qu’on se réjouisse, il est difficile de faire comme si de rien n’était. De prétendre que vous n’avez pas envie de jouer le jeu. Ou de donner le change pour masquer votre solitude. De faire le blasé alors que toute la planète semble s’être passé le mot pour poster des mignonneries insupportables sur les réseaux sociaux, offrir des fleurs à l’être cher sur son lieu de travail, ou encore se donner en spectacle pour prouver que votre amour est plus grand que votre peur du ridicule.

Fais pas ton hipster, redonne à la courtisanerie sa vraie valeur

Bref, vous faites le mariolle mais au fond de vous, vous aimeriez faire plaisir ou être moins seul. Et c’est bien légitime, car il s’agit du seul jour de l’année où l’on peut se laisser aller un petit peu. Qu’est-ce que l’amour, si ce ne sont des déclarations, des postures, des mises en scène, de la poésie et des actes. Aimer sans payer sa chatte, en somme, est-ce vraiment aimer? Votre petite boule au creux du ventre et les extrasystoles qui l’accompagnent ne regardent que vous et vous seul, au fond. C’est en essayant de partager cette grotesquerie qu’elle prend vraiment tout son sens!

Alors arrêtez de vous la jouer ‘no love in the ghetto’: vous crevez d’envie de vous noyer dans le miel, et commencez à être fatigué de votre posture de Barney Stinson, Messieurs. Plus personne ne croit à votre personnage de femme forte/connasse qui veut faire un bébé toute seule, Mesdames. Assumez un peu vos reliques d’enfant rêveur, ne fût-ce qu’une fois par an, quitte à changer la date officielle pour prétendre faire la nique au système. Faites plutôt la nique à votre égo, vous aurez plus de chances de finir la nuit au chaud!

Dans le pire des cas, il vous reste le Jeudredi pour oublier…

Et si vous êtes seul, d’autres le sont aussi qui ne cherchent qu’un regard complice autour duquel haïr ensemble la fête des amoureux. Ce qui se finit souvent sous la couette, et parfois culmine en véritable hommage à l’amour, à la dernière minute. Fêter la Saint-Valentin in extremis et vivre happily ever after, comme dans les films américains. Ou baiser comme des animaux sans jamais se revoir. Comme dans d’autres films américains…

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